(1) Ce concile va également instaurer l’obligation pour les juifs et les sarrasins de porter des attributs vestimentaires qui les distinguent des chrétiens (afin d’éviter les unions mixtes). Un petit chapeau pointu blanc ou jaune, traditionnellement porté par les juifs croyants (remplacé depuis par la kippa), devient obligatoire en Allemagne ; tandis qu’en France, la tenue vestimentaire doit comporter un morceau d’étoffe, la rouelle. Cette loi de ségrégation sera largement exploitée par l’Inquisition et perdurera jusqu’à la fin du XIXe siècle dans les ghettos des Etats Pontificaux.














Livret d'Adalais - Acte III





 




Écoute de la maquette de l’Acte III

Utilisez le lecteur ci-dessous pour écouter dans leur intégralité (en mode streaming), quatre scènes parmi les sept que compte ce troisième acte. Vous pouvez consulter le livret de l'Acte III (format PDF) en cliquant ici.

 
 

Format MP3 - 44kHz - 128kbps

- ATTENTION -

Vous devez télécharger le plugin Adobe Flash Player pour faire fonctionner le lecteur MP3


 
 

Commentaires sur la composition des scènes

Acte III – Scène 1 : Le quatrième concile du Latran, de 1215 (1), institua que Raymond VII, dont le père avait abdiqué en sa faveur, ne pourrait hériter que des terres de Provence (abandonnant ainsi définitivement le comté de Toulouse à Simon de Montfort avec la bénédiction du roi de France). Le jeune Raymond entreprend alors de reconquérir ses terres par une véritable guerre de libération. En 1216, alors qu’il n’a que dix-neuf ans, il rassemble des troupes dans l’avignonnais et commence par reprendre Beaucaire en négociant la capitulation de la garnison française avec Simon de Montfort. Il redescend alors avec les Pyrénées rejoindre son père et va peu à peu constituer une armée d’aragonais et de chevaliers faidits, avec le soutien de ses vassaux (comtes, seigneurs bannis, etc). Lorsqu’il rentre enfin dans Toulouse le 13 Septembre 1217 (objet de cette scène), la ville a été vidée de ses élites, les murailles et les quartiers les plus fortifiés ont été détruits et la population qui s’est révoltée quelques mois auparavant est soumise à l’autorité du comte de Montfort. Celui-ci est absent mais sa famille réside dans le château narbonnais (bastion fortifié à l’entrée sud de la ville). La garnison française est alors massacrée avec l’aide de toute la population. L’évêque Foulques, qui représente l’autorité catholique de la ville parviendra à se sauver. Dès lors, de nouvelles protections et des fortifications seront activement rétablies, et plus tard des renforts de troupes et du ravitaillement viendront encore accroître les capacités de résistance de la ville, dans l’impuissance des croisés.

Acte III – Scène 2 : Sautillante et explosive. On y découvre une Adalaïs alerte et légère qui contraste avec le caractère exprimé dans les actes précédents. Le jeu des pizzicati (particulier à cet acte, puisqu’ils sont utilisés dans quasiment toutes les scènes) ajoute à cette impression de situation tendue et explosive. Mais les différents mouvements scéniques s’articulent ici avec énergie, car la détermination de Raymond VI est inébranlable. Par son expérience et son paternalisme, il est le catalyseur de la foi et de l’enthousiasme qui anime les chœurs.

Acte III – Scène 3 : J’ai dressé le portrait musical d’un Raymond VI déterminé, guerrier et ne doutant pas des capacités de résistance de sa ville. C’est donc lui qui galvanise la population et jusqu'à son propre fils, Raymond VII, revenu d’une mission, en lançant un thème musical puissant qui sera repris par les chœurs en fin de scène et qui aura l’immense avantage de faire encore douter Simon de Montfort (et les auditeurs de l’opéra) sur la force qui s’oppose à lui. Une musique qui illustre l’inébranlable et puissant mécanisme qui finira par écraser les assaillants et notamment le premier d’entre eux. Notez que si la scène débute en La mineur (pour le chant et les vents), j’ai altéré en plus la sous-dominante d’un demi-ton vers le haut dans le jeu des cordes (règle qui pourrait évidemment être appliquée à tous les modes mineurs ; j’ignore comment on nomme une telle suite, mais je suis certain qu’elle est bien connue des compositeurs). Cela ajoute une subtilité particulière à la perception grâce à cette variation sur la sous-dominante (qui oscille entre un ré et un ré dièse selon le contexte) tout en respectant une esthétique harmonique.

Acte III – Scène 4 : Cette scène fut rajoutée lorsque le temps de composer cet acte vint. Car je souhaitais mieux servir le rôle de Simon de Montfort et apporter un moment de lyrisme sombre pour une tessiture baryton. C’était un homme particulièrement dévot, qui vouait à Dieu une admiration si fervente qu’il passa la plupart de sa vie en croisade. La représentation religieuse du moyen-âge qui était mêlée de signes, et de leur interprétation, dépendait sans doute beaucoup de l’action et du jugement qu’on y portait alors. Simon de Montfort fut brave et fidèle à sa foi, malgré son courage, il ne parviendra jamais à dominer Toulouse et il était important de montrer, avant qu’il ne meure quelques heures plus tard (voir la scène suivante), combien son dialogue avec Dieu devait alors être tourmenté et prémonitoire. On retrouve ce tourment épique dans la Chanson de la Croisade puisque peu avant de livrer son dernier combat, il se serait exclamé « Ô Jésus, roi de droiture, faites de moi aujourd’hui un mort en terre ou faites que je sois vainqueur. (E ditz ai sacrifizi Jeshu Crist dreiturers, Huei me datz mort en terra o que sia sobrers, chap. CCV)» Au delà des reproches d’affadissement qui lui étaient faits par le clergé, il devait aussi se départir du doute qui s’installait dans la relation de confiance qu’il avait entretenu avec Dieu durant toutes ces années de croisade. La musique est sombre mais respecte la dignité du guerrier. Il ne pouvait pas s’effondrer mais réagir comme un homme combatif qui implorait, en retour de la fidélité qu’il vouait au catholicisme, le soutien de la volonté divine. C’est dans cet esprit que la musique a été élaborée, avec finesse et gravité.

Acte III – Scène 5 : C’est une attaque des croisés menée par Montfort qui fait rapprocher une gate (sorte de « chatte ») immense des remparts pour tenter d’envahir la cité toulousaine. La musique traduit l’atmosphère du combat, de l’agitation dans les deux camps. Le thème utilisé dans la scène 3 est ici repris comme un chant guerrier de victoire face à la déroute des croisés et à la fin brutale de leur mentor. Il se développe par « vagues tonales » (je veux dire par là, que la construction est telle que la tonalité est en évolution constante), ce qui accentue la dynamique et la tension de l’émotion musicale associée à cet événement.

Acte III – Scène 6 : Comme cela est décrit dans la Chanson de la Croisade, la mort de don Simon éclaira ce qui était obscur, fit renaitre la lumière et restaura parage. « Chacun se rend avec les armes sur la place et tous vont faire de la gate un feu que rien n’éteignit. Toute la nuit et tout le jour la ville est en réjouissance. » Dès la scène précédente, les interventions de Raymond VII, après que la pierre eut frappée Montfort, sont sur un mode majeur qui se démarque du mode mineur qui les précède. Raymond VII savoure déjà les conséquences et son chant plein d’espoir contraste avec la tension de la musique qui l’amène. C’est donc lui qui incite la population à brûler la gate et à se réjouir enfin de cette victoire qui libère Toulouse de son oppresseur. Le thème musical qui suit évolue lui aussi par vagues tonales, avec la même idée de dynamisme dans l’émotion joyeuse (et dansante) que porte la musique. C’est le seul moment de l’opéra où l’auditeur sera transporter de joie et submerger par l’enthousiasme. Je tenais beaucoup à ce que ce soit le cas, non par vengeance posthume envers un militaire si méprisé, mais par nécessité d’équilibre. Il fallait rééquilibrer l’émotion de l’auditeur avant de le faire plonger dans la grande tragédie du dernier acte. Du reste, j’ai dû réorganiser et réécrire en partie cette scène (telle qu’elle avait été écrite par mon librettiste, après moult recommandations) pour lui donner tout son élan.

Acte III – Scène 7 : Ce lourd revers de l’ost des croisés eu un effet temporairement dévastateur sur l’avenir de la croisade. Amaury de Montfort, le fils de Simon, poursuivit encore un mois un siège devenu totalement inefficace, puis se retira à Carcassonne, sur les terres dont il héritait pour enterrer son père. Animé de vengeance, il rallia à sa cause le prince Louis (futur Louis VIII, roi de France) qui s’entoura de 600 chevaliers et 10000 archers pour venir défendre la croisade. Après délibération, les troupes d’Amaury et de Louis massacrèrent la population de Marmande (près de 5000 victimes seront littéralement dépecées). C’est dans ce contexte qu’un messager apporte à Raymond VII la nouvelle du terrible massacre, clôturant cet acte de libération par un doute sur les promesses qu’il ouvre. Le prince Louis poursuivant son avancée, débuta le siège de Toulouse le 16 Juin 1219, mais face à l’adversité de l’ennemi, il se retira le premier Août. Amaury de Montfort perdit peu à peu tous ses territoires et privilèges, ainsi que son crédit auprès du pape. Carcassonne fut rendu à Raymond Trencavel (fils héritier de Raymond-Roger) en 1224. Mais, sous la demande du pape Honorius III, et pour assouvir des ambitions personnelles de conquête de territoire, le prince Louis, devenu roi de France, se croisera en 1226 et mènera une armée bien plus considérable que celle de 1209 vers le Midi qui sera déterminante sur le redécoupage du territoire français et la fin du catharisme.